|
Le petit
homme et la mort
par François Busnel
Un conte métaphysique
d'Eric Emmanuel Schmitt pour dire,
avec des mots simples, l'inéluctable.
Hilarant, dérangeant, décapant
Comment expliquer à un
enfant qui va mourir qu'il y a des souffrances que
l'on subit et des souffrances que l'on choisit?
Qu'il est possible, si on le veut, de ne pas avoir
peur de la mort? Que l'on peut même sourire
de gourmandise à l'idée de savoir
que l'on va bientôt aller voir ce qu'il y
a de l'autre côté de la vie? Que la
mort qui fait mal, c'est une idée des grandes
personnes, ces lâches qui ont toujours peur
de l'inconnu? Pour dire tout cela, il y a les contes.
Il était une fois, donc...
Il était une fois un petit garçon
de 10 ans qui allait mourir. Pas dans quelques années,
pas après une vie bien remplie, pas non plus
de fatigue, de vieillesse ou d'usure, non, il va
mourir là, tout de suite, maintenant, la
semaine prochaine ou dans un mois. Oscar va mourir
parce qu'on ne sait pas le soigner. Au début,
les médecins disaient qu'il y avait de l'espoir.
Mais ils disent tous ça, au début,
les médecins. On le regardait comme l'enfant
prodigue malgré son crâne d'œuf
et ses petits os, on lui faisait confiance et on
lui murmurait des «tu vas t'en sortir»,
à Oscar. Et puis les jours ont passé.
Peu à peu, les mines se sont assombries,
celles des toubibs, des infirmières, et même
celles des autres enfants. «On me regarde
maintenant comme un obstacle à la médecine»,
note Oscar dans une de ses lettres.
|
Personne n'ose lui
dire, mais il le sait bien, lui, qu'il va mourir.
C'est Mamie-Rose qui le lui a avoué. En gardant
le silence quand il lui a demandé s'il allait
guérir. C'est mieux. Comme ça, Oscar
sait à quoi s'en tenir. Enfin une grande
personne qui ne cherche pas à lui bourrer
le crâne avec toutes ces fadaises qu'on invente
pour les enfants: le Père Noël t'apportera
des cadeaux, ta vie sera longue et belle...
Mamie-Rose a proposé à
Oscar d'écrire à Dieu. Des lettres.
Une par jour. Et, comme ils se sont inventé
un jeu qui fera vieillir Oscar de dix ans chaque
jour, il aura beaucoup de choses à lui raconter,
à ce type qu'on appelle Dieu!
(N.D.L.R. l'enfance, l'adolescence, l'amour,
le mariage, la vieilesse, la mort - vraies questions
existentielles posées en 1h)
Eric-Emmanuel Schmitt signe ici
un prodigieux conte métaphysique sur la souffrance
et la lâcheté. Un conte pour réconcilier
le matérialisme athée avec l'espoir
de la foi. Pour faire comprendre à tous ceux
qui en doutent que «la maladie, c'est comme
la mort. C'est un fait. Ce
n'est pas une punition». Audacieux, et sacrément
plus efficace qu'une thèse ou de beaux discours.
On devrait faire lire ce petit texte à tous
ceux qui, de près ou de loin, croisent un
hôpital sur leur route. |