Le Collège Sainte Gertrude de Nivelles

 

Le féminisme,
un combat dépassé ?

 

Danielle GALLEZ
Historienne, directrice administrative de la FOPA (Institut de formation en sciences de l’éducation pour adultes) de l’UCL.

 
Sylvette DUPONT
Historienne, professeur émérite à l’UCL Membre du GRIEF (groupe interfacultaire Etudes Femmes à l’UCL) et du CHDJ (Centre d’histoire du droit et de la justice).

Nous remercions l’association Entraide et Fraternité/Vivre Ensemble qui nous a fourni le dessin de Herminie Pakuszewski lauréate de leur concours sur le thème de l’égalité des chances.

Mais que veulent-elles encore ?

Ce jeudi 23 mai, avait lieu la dernière conférence de l’année académique 2001-2002. Les grand(e)s élèves en avaient choisi le sujet: "Le féminisme, un combat dépassé ?" et en assuraient la présentation.

En l’espace de 30 ans, la proportion de femmes directeurs ou membres de comités de direction a quintuplé. L’INS (institut national de statistiques) relève l’entrée en force des femmes, depuis 40 ans, "dans des métiers qui étaient naguère de véritables bastions masculins: agent de police, facteur, chauffeur d’autobus. Elles ont également renforcé leur présence dans les professions intellectuelles: notaire, progression féminine de 1 à 35%…, juges et magistrats de 2 à 40%…, médecins et chirurgiens de 6 à 32%…"

Or des femmes se rassemblent encore aujourd’hui dans des organisations féministes telles que "Chiennes de garde" alors qu’elles ne sont "ni afghanes, ni battues, ni ouvrières à la chaîne, ni mères de 10 enfants, ni mariées contre leur gré, ni analphabètes, ni en string dans une vitrine… (I. Alonso, présidente)".

Pour répondre à cette problématique, les organisateurs, accusés à juste titre de partialité, ont invité deux femmes:

Sylvette Dupont est historienne, professeur émérite à l’UCL (faculté de droit et département d’histoire) Membre du GRIEF (groupe interfacultaire Etudes Femmes à l’UCL) et du CHDJ (Centre d’histoire du droit et de la justice)..
Ses recherches sur la criminalité féminine l’ont menée à partir d’une thèse sur la sorcellerie et de nombreux travaux sur la prostitution, l’infanticide et l’avortement, les prisons de femmes, etc, à envisager l’histoire des femmes sous l’angle de l’approche juridique et sociologique en privilégiant l’histoire des mentalités et les transformations du regard porté sur les femmes du Moyen Age à nos jours.

Danielle Gallez est historienne, directrice administrative de l’Institut de formation en sciences de l’éducation pour adultes (FOPA) de l’UCL. Ses divers engagements dans le monde associatif, social et politique constituent pour elle autant d’occasions de contribuer à l’instauration de l’égalité entre hommes et femmes.

   

Dans la première partie de la conférence, Sylvette Dupont explique combien l’Eglise de la Contre-Réforme, pour revaloriser le mariage, propose le modèle de la Vierge Marie, chaste et pure qui souffre en silence. Selon cette vision, le démon réside dans le corps de la femme et l’entraîne trop facilement vers l’adultère ou la prostitution dont sont victimes les pauvres hommes…D’où les procès des sorcières, jamais des sorciers !

Les notions d’égalité prônées par la révolution française pouvaient laisser espérer une approche plus positive. Hélas, le code civil de Napoléon va donner une assise juridique aux inégalités et cela pendant près de deux siècles. La femme va être enfermée dans sa famille sous la puissance maritale jusqu’en 1960 et ses droits politiques, économiques et sociaux sont des acquisitions toutes récentes et fragiles. En période de chômage, par exemple, on remettra en valeur l’image de la " mère au foyer qui s’occupe de ses enfants ".

Danielle Gallez, dans une intervention illustrée de graphiques convaincants, démontre que les inégalités subsistent dans les domaines de la politique, de l’éducation , du travail et de la vie privée.

Les femmes constituent 52% de la population et ne sont présentes qu’à 20 % dans nos assemblées représentatives. Les filles, qui réussissent pourtant mieux que les garçons, choisissent des filières d’études moins valorisantes. Les postes de direction sont généralement aux mains des hommes et 80% des tâches domestiques sont assumées par les femmes.

Nous ne sommes donc pas sortis des schémas inégalitaires et les nombreuses interventions d’élèves et du public en témoignent.

C’est donc avec un terrible sentiment de culpabilité que les hommes - peu nombreux - qui avaient eu le courage d’assister à cette soirée sont repartis. Ils promettent de faire mieux. Promis. Juré…

Jean Warnon

 

Photos Conférence


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