| Résumé
de la conférence fourni par le Professeur Axel Kahn |
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Le gène se prospecte,
se brevette, se vend, se concède sous licence,
etc... L’idéologie du «tout génétique
» prétend que la connaissance des gènes
permettra de prévoir et de modifier à volonté
les caractéristiques des êtres vivants, de
soigner toutes leurs maladies, alors que l’objectivité
scientifique devrait inciter à plus de prudence
et d’humilité. Parce qu'ils peuvent engendrer
de considérables bénéfices, la logique
commerciale tend à promouvoir chez l’homme
la diffusion de certains tests génétiques
pourtant sans grand intérêt pour la santé
publique et potentiellement dangereux pour le bien-être
psychologique des personnes et des familles, ce qui aboutit
à une opposition radicale entre une logique économique
d'une part, et une logique médicale et éthique,
d'autre part.
La difficulté
toujours rencontrée pour éviter les excès
de l'ivresse du savoir est ici décuplée
par les intérêts financiers en jeu. La génétique
n'est pas le premier domaine scientifique et technique
à connaître un tel emballement - il suffit
de penser aussi à l'informatique et aux techniques
de l'information - mais c'est probablement celui qui nous
touche du plus près puisque, appliquée à
l'homme, son objet n'est autre que celui de dire les lignages,
les similitudes et les différences entre les personnes.
Profiter des progrès de la génétique
sans jamais succomber à sa "tyrannie",
sans jamais transformer la science génétique
en idéologie généticiste, tel est
donc le défi.
Quelques
références bibliographiques:
  
 
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Les dernières
années du XXe et le début du XXIesiècle
sont marquées, dans le domaine de la biologie, par
l'extraordinaire accroissement des connaissances en génétique.
La presque totalité des gènes humains a été
identifiée, leur séquence, c'est-à-dire
l'enchaînement des 4 nucléotides par lesquels
ils sont constitués et qui sont les lettres de l’alphabet
génétique, a été déterminée.
De ce fait, des progrès considérables seront
vraisemblablement réalisés encore dans la
compréhension des mécanismes des maladies
et dans l'identification des cibles des médicaments.
Parfois, les gènes eux-mêmes pourront être
utilisés comme médicament: c'est ce que l'on
appelle la thérapie génique.
Cependant,
l'ampleur des progrès accomplis et des perspectives
perçues, en enivre certains, et cette ivresse conduit
à une vision réductionniste et déterministe
du monde vivant, de l’homme en particulier, qui pourrait
fonder l’émergence du «généticisme
», dernier avatar des idéologies déterministes
qui se sont structurées au IXXe siècle.
avec
l'aimable autorisation de Henri Casal
www.casal.li
Cette tendance
était déjà bien apparente dans la présentation
du programme génome humain faite initialement par
ses concepteurs: il s'agissait, disaient Walter Gilbert
et James Watson, de déchiffrer "le grand livre
de l'homme", comme si ce dernier n'était écrit
qu'à l'aide de la séquence de ses gènes
! C'est ainsi que fleurissent les articles scientifiques
ou de vulgarisation faisant état des "gènes"
de l'homosexualité, de la violence, de l'infidélité
conjugale, de la curiosité intellectuelle, de la
psychorigidité, des différences cognitives
entre les hommes et les femmes, etc... L'inactivation de
certains gènes chez la souris aboutit parfois à
des modifications bien précises du comportement,
semblant justifier expérimentalement cette conception
d'une génétique gouvernant la vie de tous
les êtres, humains et non humains. Ce qui est étonnant
dans cette démarche déterministe et réductionniste
n'est pas qu'elle propose que des gènes puissent
avoir de l'influence sur un comportement, même humain
: la chose est évidente et les "mammifères
humains" ont hérité de leurs ancêtres
non humains des gènes gouvernant toute une série
de comportements stéréotypés ou de
tendances comportementales... à commencer par l'instinct
sexuel. Là n'est donc pas le phénomène
biologiquement le plus passionnant de l'avènement
de l'être humain. C'est dans la latitude d'interprétation
de ces déterminants génétiques que
réside en effet le plus original de l'homme. Avec
leurs deux jambes, leurs deux bras... et leurs autres déterminismes
génétiques, les personnes ne peuvent pas "tout
faire" mais l'éventail de leur choix reste grand:
là réside le libre arbitre, qui me semble
d'ailleurs souvent plus menacé par les conditionnements
socioculturels que par la tyrannie des gènes !
L'autre dérive "du tout génétique"
est marchande. Les perspectives des marchés découlant
des progrès en génétique sont tels
que le gène est considéré comme une
"matière première" pour l'accession
à laquelle des compétiteurs prêts à
tout se livrent le même type de combat que ceux qui
opposent en d'autres domaines les prospecteurs de pétrole
ou les compagnies minières !
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