 Ce
jeudi 17 février 2005, le Collège Sainte-Gertrude
a eu le plaisir de recevoir Monseigneur Harpigny, ancien
élève de l’école et actuel évêque
de Tournai, pour une conférence intitulée
« Islam et christianisme, l’urgence de s’ouvrir
à un chemin de respect mutuel ».
Monseigneur Harpigny souligne d’abord que l’Islam
présente à nos yeux un visage contrasté
: il nous interpelle par sa richesse et peut nous faire
peur par les actes extrémistes proférés
en son nom et par l’association qui est faite avec
la problématique de l’immigration. Pour l’orateur,
nos craintes, nos amalgames, nos préjugés
proviennent essentiellement d’une méconnaissance
; méconnaissance de la tradition religieuse islamique
qui vient souvent se greffer sur une méconnaissance
de notre propre tradition religieuse. Deux exemples simples
de cette méconnaissance peuvent être donnés
. D’une part, nous associons trop souvent musulmans
et arabes, alors que ces derniers ne représentent
qu’une partie minoritaire du milliard trois cents
millions de croyants musulmans qui vivent dans le monde.
D’autre part, influencés par les médias
qui laissent aux sociologues et aux politologues le soin
de parler de l’Islam, nous confondons trop souvent
le contenu de la religion et son insertion dans une tradition
culturelle et dans des faits politiques ; nous oublions
que l’Islam est avant tout une religion.

Pour Monseigneur Harpigny, le chemin de respect mutuel entre
chrétiens et musulmans passe donc par la connaissance
de l’autre ; une connaissance de l’autre qui
viserait non pas à nier les différences -
à l’image des démarches comparatistes
qui établissent des liens artificiels et abusifs
entre les religions, à l’exemple de l’assimilation
entre le carême et le ramadan - , mais bien à
les reconnaître comme telles, à les accepter,
et à chercher au-delà de celles-ci les pistes
qui permettent un dialogue tolérant et ouvrent la
possibilité de bien vivre ensemble.
Monseigneur Harpigny se propose de nous guider dans une
meilleure connaissance de l’Islam. Il explique d’abord
la différence qui existe dans l’acte de foi
tel qu’il est vécu par les musulmans et par
les Chrétiens. Le musulman se réfère
au Coran. Le Coran est le récit fait par quelques
humains à qui Dieu s’est révélé.
Ils ont ainsi fait une réelle expérience de
Dieu,et ont découvert qu’il n’existe
d’autre divinité que Dieu lui-même, que
tout le reste n’est qu’idolâtrie. En ce
sens, le Coran insiste sur le fait que la foi engage totalement
le croyant. La foi doit être mise en œuvre de
manière pratique, c’est-à-dire que chaque
acte de la vie quotidienne doit manifester que l’on
est musulman. Le Chrétien, quant à lui, se
réfère essentiellement à une parole
qui est celle de Jésus-Christ, fils de Dieu. Il se
nourrit de cette parole, elle peut orienter ses choix de
vie et ses valeurs et se manifester à l’extérieur,
mais la foi reste avant tout une démarche d’intériorité.
L’orateur expose une deuxième différence
qui existe entre Islam et Christianisme ; elle concerne
la manière dont on envisage la formation religieuse.
L’Islam propose une démarche qui part de l’étude
et du commentaire des textes sacrés, tandis que le
christianisme propose une démarche qui part de la
philosophie c’est-à-dire d’outils qui
permettent de réfléchir personnellement face
aux grandes questions humaines. D’un côté,
le théologien est d’abord exégète
; de l’autre, il est d’abord philosophe.
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Une troisième
différence fondamentale est présentée
ensuite. Il s’agit de voir que l’Islam est une
religion que l’on ne peut comprendre que dans son
aspect communautaire. L’Islam est d’abord une
communauté de croyants. La foi n’est pas d’abord
un acte individuel et privé, mais une démarche
communautaire. L’étymologie du mot communauté
renvoie d’ailleurs pour les musulmans au verbe «
naitre ». La communauté est « le lieu
où on est engendré », ce qui signifie
que, pour un musulman, la foi est ce qui fait exister. Pour
les Chrétiens européens, au contraire, la
religion – même si elle propose une démarche
communautaire – fait d’abord partie de la sphère
privée.
Après l’exposé de ces trois différences
fondamentales, Monseigneur Harpigny nous propose une piste
supplémentaire pour comprendre l’Islam. Il
fait appel à l’histoire pour nous permettre
de mieux décrypter les discours musulmans qui s’opposent
à la culture occidentale. Les conquêtes de
Napoléon au début du XIXe siècle ont
permis la rencontre entre musulmans et culture occidentale.
Cette rencontre va d’abord prendre la forme d’une
grande séduction : le monde musulman est fasciné
par l’Europe, par ses technologiques par les grands
principes politiques qui l’animent, comme la souveraineté
nationale, la séparation de l’Eglise et de
l’Etat, la reconnaissance des libertés fondamentales.
Dès lors, le monde musulman cherche à «
s’occidentaliser » en créant des écoles
européennes, en formant en Europe une élite
intellectuelle musulmane. Cependant, dans un deuxième
temps, cette séduction va susciter des remises en
question. Certains vont dénoncer la perte d’identité
qui menace les musulmans et plaider pour un Islam «
triomphant », capable de rivaliser avec la force de
la pensée occidentale.
Cet appel à un retour de l’identité
musulmane, associé à un discours anti-occidental,
va se durcir au fil du temps, en lien avec différents
évènements historiques. On peut citer la promesse
de création d’un état arabe, faite par
les alliés durant la 1ère guerre mondiale
et jamais tenue, l’installation d’un foyer national
juif à Jérusalem au lendemain de la seconde
guerre mondiale perçu comme de la colonisation par
les Musulmans, les chocs pétroliers, l’invasion
de l’Afghanistan musulman par la Russie laïque,
la victoire d’un parti religieux en Iran.
Monseigneur
Harpigny conclut son exposé en proposant quelques
pistes qui, s’appuyant sur la connaissance de l’autre,
peuvent construire un chemin de respect mutuel. Il s’agit
d’abord d’assumer notre responsabilité
de citoyen en choisissant d’ouvrir nous-mêmes
les portes du dialogue, de l’échange d’idées
sans en laisser l’entière responsabilité
au monde politiques, en prenant des initiatives dans le
milieu scolaire pour mieux faire connaître les traditions
religieuses chrétiennes et musulmanes, en insistant
sur les principes démocratiques qui fondent notre
société et donnent à chaque humain,
quelle que soit sa religion, les mêmes droits et
aussi les mêmes devoirs. Il s’agit ensuite
de chercher ensemble des lieux et des temps où
les croyants, qu’ils soient musulmans ou chrétiens,
peuvent se rejoindre dans la prière. En fin de
compte, il y a dans le cœur de chaque être
humain quelque chose de commun qui murmure…
Marie Jadin
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