Ce
jeudi 21 avril 2005, le Collège Sainte-Gertrude a
eu le grand plaisir d’accueillir le Professeur Francis
Leroy pour une conférence intitulée "L’origine
de la vie". Cette conférence venait ainsi conclure
le cycle de conférences, organisé durant cette
année scolaire 2004-2005. Voici le compte rendu de
cette conférence proposé par Fanny Friadt,
élève de 6eD.
Introduction
On ne peut nier cette évidence: l’Univers existe
et il se transforme. Il n’est donc pas une chose,
mais un processus se déroulant dans le Temps. La
Vie, quant à elle, est elle aussi un processus, de
même nature que celui de l’Univers, mais qui
en diffère cependant par deux éléments
fondamentaux. Ainsi, le processus Vie ne se manifeste que
dans des états circonscrits, c’est-à-dire
dans des volumes et des espaces enclos dans des membranes
et il est basé sur une organisation beaucoup plus
complexe de la matière.
Si on considère les choses globalement, on constate
que le processus Vie accroît l’ordre des choses,
tandis que le processus Univers accroît leur désordre.
La cellule libère de petites molécules qui
augmentent l’entropie (le désordre) de l’Univers.
Ainsi, une augmentation de l’ordre grâce à
la Vie ne peut se faire qu’en lien avec une augmentation
du désordre dans l’Univers.
Définition de la Vie
La Vie ne peut se caractériser en utilisant les notions
de "reproduction" ou de "croissance".
Celles-ci représentent en effet des capacités
de la Vie, mais elles n’en sont pas caractéristiques.
La Vie se caractérise par son maintien. Prenons l’exemple
de la cellule : pendant un temps, elle ne dépérit
pas, mais elle se maintient en remplaçant ses «
pièces défectueuses » au travers d’échanges
avec le milieu extérieur. Il n’y a aucune raison
pour que ce mécanisme ne se déroule pas jusqu’à
l’infini. Mais pourtant, la Vie se dégrade,
et ce pour deux raisons : la première réside
dans les mutations, les variations aléatoires qui
induisent des perturbations, tantôt bénéfiques
tantôt maléfiques dans le code génétique
des cellules ; la seconde réside dans les privations
de ce dont la cellule a besoin (par exemple, une privation
d’oxygène). La mort n’est donc pas inscrite
dans la nature : elle est accidentelle.
Afin de mieux cerner cette notion de maintien, on peut prendre
l’exemple de l’enzyme. Cette molécule
a en elle la capacité d’ «accrocher »
deux molécules pour qu’une liaison s’établisse
entre elles. Sans l’enzyme, ces molécules se
seraient peut-être liées, mais de manière
tout à fait hasardeuse. Ainsi, l’organisation
complexe de l’enzyme peut, grâce à la
contrainte exercée sur les atomes, imposer de l’ordre
à son environnement. De plus, grâce à
la contrainte exercée sur l’énergie,
l’enzyme peut remplacer ces constructions moléculaires.
L’ordre créé par l’enzyme est
donc d’une part un ordre performant (un ordre qui
agit, un ordre finalisé, doté d’un projet)
et d’autre part un ordre instable, ce qui permet le
maintien de la Vie.
L’origine de la Vie
On peut se demander d’où vient l’information
que possède l’enzyme. Elle provient des informations
contenues dans l’ADN. Ces dernières apparaissent
comme des informations lisibles et comme des informations
qui peuvent facilement s’auto-reproduire. Un seul
brin d’ADN peut donc en former deux autres en tous
points pareils. D’un point de vue mécanique,
cela apparaît comme idéal, mais comme l’ADN
est soumis à l’entropie, il l’est également
aux mutations, aux variations aléatoires, et il permet
donc à la vie d’évoluer, selon un processus
d’adaptations successives. On retrouve là la
théorie de Darwin.
Cette complexification de la matière a finalement
abouti à une espèce que l’on peut appeler
l’observateur, et qui se caractérise par la
pensée.
Si l’on réfléchit à l’origine
de l’ADN, on se heurte aux impasses que pose la question
de l’origine de la vie. L’ADN est formé
de nucléotides qui se sont liés entre eux.
Ces derniers sont formés d’atomes, qui sont
eux-mêmes formés de nucléons, contenant
des quarks. Nous pourrions ainsi, de manière théorique,
remonter indéfiniment la chaine. Or, chacun des membres
de cette chaine contient de l’information. Mais si
toute forme de matière est pourvue d’une information
minimale, existerait-il quelque chose à l’origine
qui serait dépourvu de toute information ? Quelque
chose qui aurait été posé dans l’Univers
et ne relèverait donc pas d’une transformation
de la matière ?
De même, on peut constater une autre impasse dans
la réflexion sur l’origine de la vie. En effet,
si la complexification progressive de l’ADN a finalement
abouti au développement d’êtres vivants
et pensants, peut-on affirmer que ce parcours est dû
au hasard ? Le hasard déterminerait-il à lui
seul l’apparition de la pensée et la naissance
de notre civilisation ?
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La
vie est de même nature que l’univers par Francis
Leroy
Ce constat, attesté
par toutes les études faites sur la chimie des êtres
vivants, implique que traiter de la nature de la Vie, de
son évolution et du Sens de cette évolution
nécessite d’insérer cette démarche
dans le contexte de l’origine et l’évolution
de l’Univers lui-même.
Cette même démarche
s’inspire directement des observations stupéfiantes
révélées par la physique moderne et
qui amènent à considérer l’apparition
du vivant comme un événement dont nous commençons
à reconnaître le caractère phénoménal.
L'émergence du
vivant au sein d'une minuscule enveloppe appelée
biosphère et d'apparence insignifiante au regard
de l'immensité de cet Univers n’a-t-elle été
qu’un produit du hasard ou, comme certains biochimistes
le soupçonnent aujourd'hui, ce hasard a-t-il subi
quelque contrainte, de sorte qu’elle ait finalement
été davantage le produit de propriétés
inscrites dans la trame de l’Univers au cours de son
avènement?
Au-delà de l'acquisition
de la pensée réfléchie, dans quel sens
peut-on considérer que l'ordre biologique est susceptible
de croître encore? Pourquoi la science aboutit-t-elle
à une impasse en tentant de répondre à
cette question? Et pourquoi en est-il de même lorsqu'elle
se pose la question de l'origine de l'information biologique
et de l'information devant sous-tendre l'existence même
de la matière? La mort marque-t-elle un terme définitif
à l’existence individuelle?
Enfin, la science peut-elle
refuser à priori l'existence possible d'une réalité
précédant le monde physique? Sommes-nous seuls
dans l'Univers? Pourquoi, en dépit des probabilités,
certains biochimistes pensent que oui?
Cet exposé rend largement compte des grandes questions
philosophiques posées à propos de la Vie et
de son origine supposée tout en s’appuyant
sur une argumentation scientifique rigoureuse.
Durée : environ
1H1/4 (davantage si questions souhaitées en fin d’exposé).
Donnée précédemment
dans divers centres culturels, cette conférence ne
nécessite guère de connaissances scientifiques
préalables.
Francis Leroy
65, Grand Rue 6530 Thuin
Belgique
Tél : 0032 71 59 39 10 (12H – 20H30)
biocosmos.eu@tele2allin.be
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