"Raz de marée
audimétrique", "déferlante médiatique":
les mots ne semblent pas assez forts pour traduire un phénomène
puissant, le succès incontestable et pourtant contesté
de la télé-réalité.
Celle-ci n’a pas mis bien longtemps pour s’imposer
dans notre paysage audiovisuel puisque les émissions
"Loft Story", "Koh Lanta", "L’île
de la tentation" et autres "Star Academy"
n’apparurent chez nous qu’en 2000 ou 2001, précédées
de peu aux Pays-Bas par "Big Brother".
Pourquoi cet engouement soudain, particulièrement
chez les jeunes? Cela traduit-il un changement de société,
d’autres besoins que ceux de la "télé
de papa"? D’aucuns prétendent que c’est
"la violence, le voyeurisme, la débilité,
la pornographie, le mépris de la culture et la
démagogie" qui font de l’audimat aujourd’hui.
C’est cette question fort controversée
que nous avons voulons aborder en invitant 3 personnalités
d’horizons fort différents:
Monsieur Johan De Smet,
Producteur délégué de "Endemol
Belgique" société qui produit Star
Academy qui commercialise ces
émissions.
Monsieur Bernard Hennebert,
journaliste au "Ligueur" qui vient de publier
chez Labor un livre intitulé "Mode d’emploi
pour téléspectateurs actifs".
Monsieur Emmanuel Tourpe,
responsable des études de programmation et de prospective
stratégique à la RTBF.
Après avoir montré quelques
séquences de "Star Academy" version RTL-TVI,
Johan De Smet insiste sur la révolution
télévisuelle qu’ont opérée
des émissions telles que "Big Brother"
il y a quelques années. Il s’agissait donc
dans ce cas d’enfermer dans une habitation une dizaine
de jeunes épiés dans tous leurs faits et
gestes par des caméras et des micros. Leurs disputes,
leurs relations amicales ou amoureuses, tout ce qu’ils
vivaient, créaient chez le téléspectateur
des expériences émotionnelles de rejet ou
de sympathie pour les protagonistes. Ceci constitue la
base fondamentale de ce type d’émissions
qui semble correspondre à une attente du public.
En effet, dit-il, celui-ci reste libre de zapper s’il
n’y trouve pas son compte.
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Bernard Hennebert,
pour sa part, dénonce les intérêts
financiers exclusifs de ces programmes : ils sont vendus
par des producteurs à une chaîne dont l’audimat
constitue le seul intérêt puisque c’est
lui qui assure la manne publicitaire. La couverture d’une
certaine presse pour ce genre d’émission
ne fait que renforcer le système et rend le public-
surtout le plus jeune- esclave de ce type d’émissions.
On va l’encourager à téléphoner
-pour soutenir ses favoris- vers des numéros 0900
ou 0903 qui enrichissent Belgacom et surtout la chaîne.
De plus, il n’est pas certain que l’on tienne
compte de la majorité des appels puisque celle-ci
se réserve le droit de changer les règles
en cours de jeu…
Tout en donnant la
parole à l’auditoire, Emmanuel Tourpe
va élargir et relativiser le débat en rappelant
que ce phénomène avait été annoncé
aux USA par la retransmission en direct et pendant des journées
entières du procès Simpson (avait-il, oui
ou non tué sa femme ?) et par des documentaires-réalités
sur des familles ordinaires. En Europe, on a suivi le mouvement
avec les "Psy-shows" qui exposent publiquement
l’intimité des gens.
Monsieur Tourpe dénonce
les excès de la télé-réalité:
le vide de certaines séquences, le voyeurisme,
la caméra intrusive notamment. Ce serait, selon
lui, un symptôme de non-communication et d’individualisme
de notre société.
Par contre, il est interpellé
par le plaisir que le spectateur peut prendre dans ce
type d’émissions et en tant que responsable
des études de programmation à la RTBF, il
se demande s’il n’y a pas moyen de concilier
ce plaisir et l’enrichissement intellectuel ou moral
du téléspectateur.
C’est la grâce
que je nous souhaite…
Il semble en tout cas qu’un
élément positif de ces programmes soit de
susciter discussions et réflexions sur ce qui s’étale
à l’écran et ce au-delà des
générations.
Jean Warnon
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