Le Collège Sainte Gertrude de Nivelles

 

Les dessous de la TV réalité

 

Johan DE SMEDT
Producteur délégué de «Endemol Belgique» société qui produit Star Academy

Bernard HENNEBERT
Journaliste au «Ligueur»
auteur de «Mode d’emploi pour téléspectateurs actifs»
Emmanuel TOURPE
P hilosophe, responsable des études de programmation et de prospective stratégique à la RTBF.

avec l'aimable autorisation de Nicolas Vadot

"Raz de marée audimétrique", "déferlante médiatique": les mots ne semblent pas assez forts pour traduire un phénomène puissant, le succès incontestable et pourtant contesté de la télé-réalité.
Celle-ci n’a pas mis bien longtemps pour s’imposer dans notre paysage audiovisuel puisque les émissions "Loft Story", "Koh Lanta", "L’île de la tentation" et autres "Star Academy" n’apparurent chez nous qu’en 2000 ou 2001, précédées de peu aux Pays-Bas par "Big Brother".

Pourquoi cet engouement soudain, particulièrement chez les jeunes? Cela traduit-il un changement de société, d’autres besoins que ceux de la "télé de papa"? D’aucuns prétendent que c’est "la violence, le voyeurisme, la débilité, la pornographie, le mépris de la culture et la démagogie" qui font de l’audimat aujourd’hui.

C’est cette question fort controversée que nous avons voulons aborder en invitant 3 personnalités d’horizons fort différents:

Monsieur Johan De Smet, Producteur délégué de "Endemol Belgique" société qui produit Star Academy qui commercialise ces émissions.

Monsieur Bernard Hennebert, journaliste au "Ligueur" qui vient de publier chez Labor un livre intitulé "Mode d’emploi pour téléspectateurs actifs".

Monsieur Emmanuel Tourpe, responsable des études de programmation et de prospective stratégique à la RTBF.

Après avoir montré quelques séquences de "Star Academy" version RTL-TVI, Johan De Smet insiste sur la révolution télévisuelle qu’ont opérée des émissions telles que "Big Brother" il y a quelques années. Il s’agissait donc dans ce cas d’enfermer dans une habitation une dizaine de jeunes épiés dans tous leurs faits et gestes par des caméras et des micros. Leurs disputes, leurs relations amicales ou amoureuses, tout ce qu’ils vivaient, créaient chez le téléspectateur des expériences émotionnelles de rejet ou de sympathie pour les protagonistes. Ceci constitue la base fondamentale de ce type d’émissions qui semble correspondre à une attente du public. En effet, dit-il, celui-ci reste libre de zapper s’il n’y trouve pas son compte.

 

Bernard Hennebert, pour sa part, dénonce les intérêts financiers exclusifs de ces programmes : ils sont vendus par des producteurs à une chaîne dont l’audimat constitue le seul intérêt puisque c’est lui qui assure la manne publicitaire. La couverture d’une certaine presse pour ce genre d’émission ne fait que renforcer le système et rend le public- surtout le plus jeune- esclave de ce type d’émissions. On va l’encourager à téléphoner -pour soutenir ses favoris- vers des numéros 0900 ou 0903 qui enrichissent Belgacom et surtout la chaîne. De plus, il n’est pas certain que l’on tienne compte de la majorité des appels puisque celle-ci se réserve le droit de changer les règles en cours de jeu…

Tout en donnant la parole à l’auditoire, Emmanuel Tourpe va élargir et relativiser le débat en rappelant que ce phénomène avait été annoncé aux USA par la retransmission en direct et pendant des journées entières du procès Simpson (avait-il, oui ou non tué sa femme ?) et par des documentaires-réalités sur des familles ordinaires. En Europe, on a suivi le mouvement avec les "Psy-shows" qui exposent publiquement l’intimité des gens.

Monsieur Tourpe dénonce les excès de la télé-réalité: le vide de certaines séquences, le voyeurisme, la caméra intrusive notamment. Ce serait, selon lui, un symptôme de non-communication et d’individualisme de notre société.

Par contre, il est interpellé par le plaisir que le spectateur peut prendre dans ce type d’émissions et en tant que responsable des études de programmation à la RTBF, il se demande s’il n’y a pas moyen de concilier ce plaisir et l’enrichissement intellectuel ou moral du téléspectateur.

C’est la grâce que je nous souhaite…

Il semble en tout cas qu’un élément positif de ces programmes soit de susciter discussions et réflexions sur ce qui s’étale à l’écran et ce au-delà des générations.

Jean Warnon

 

Photos Conférence


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